Le Valais est une terre de montagnes, de risques… et de courage.

Depuis que le Rhône a un lit, il déborde. Depuis que nous avons des cols, il y tombe des avalanches. C’est notre géographie, notre réalité, notre fierté aussi. Mais à chaque fois qu’un événement naturel survient, une autre avalanche menace : celle des bonnes intentions parlementaires.

Ce postulat en est un exemple. L’idée est généreuse, à faire frémir les papilles de Gargantua, mais comme souvent avec les bonnes idées, il faut se demander : est-elle utile ? est-elle juste ? est-elle soutenable ?

D’abord, utile ?

Le Conseil d’État n’est pas resté les bras croisés. Le canton du Valais dispose déjà d’un mécanisme spécifique, géré par le Service de l’économie, du tourisme et de l’innovation, pour soutenir les entreprises et les indépendants impactés par des catastrophes naturelles.

Ce dispositif a déjà été activé : dans le Haut Val de Bagnes, après les crues ; pour le Camping d’Arolla, lorsque les accès avaient été coupés plusieurs jours ; et dans la région de Fafleralp où plusieurs établissements touristiques avaient été directement sinistrés.

Des aides, appelées cas de rigueur, ont été versées de manière ponctuelle, ciblées et proportionnées, sur la base de critères établis et d’une appréciation rapide de la situation par le Conseil d’État.

Ce n’est donc pas l’absence d’instrument qui pose problème. Alors pourquoi créer un fonds, avec de nouveaux critères, de nouvelles procédures, de nouveaux délais ?

En Valais, on aime les bonnes fondations. Mais celle-ci ressemble davantage à un doublon administratif qu’à un mur porteur.

Ensuite, est-ce que cette idée est juste ?

La question n’est pas seulement budgétaire, elle est aussi philosophique. Est-ce que l’Etat doit socialiser tous les risques économiques ?

Si nous créons aujourd’hui un fond pour indemniser le restaurateur qui perd trois jours d’activité à cause d’une route fermée, quel sera le prochain fond, et pour qui ?

La création d‘un fond ne résout jamais le problème, il permet seulement à l’Etat de dépenser encore plus. 

Ce que nous devons défendre, c’est un État fort dans la prévention, rapide dans la réaction, mais sobre dans la compensation.

Enfin, est-ce que ce postulat est soutenable ?

Chaque nouveau mécanisme a un coût, une administration, un effet d’aubaine. Et chaque fois qu’on ouvre un guichet supplémentaire, on détourne des moyens pour la prévention vers la gestion des conséquences.

Nous devons au contraire renforcer les infrastructures, sécuriser les accès, améliorer la coordination entre le canton, les communes et les acteurs économiques.

Et surtout, derrière ce débat, il y a des entreprises, des visages, des équipes.

Celles et ceux qui, quand la route se ferme, ne demandent pas qu’on les plaigne, mais qu’on leur permette de reprendre vite. Ces entrepreneurs n’attendent pas un nouveau guichet ni un monstre bureaucratique. Ils attendent que les aides existantes soient accessibles rapidement et simplement.

Le rôle du canton, c’est d’être là quand la situation l’exige, pas de créer un mécanisme permanent. Ce que nous devons faire, ce n’est pas inventer un nouveau dispositif, c’est rendre celui qui existe plus visible, plus rapide, plus souple.

Et si le Conseil d’État devait agir de manière plus durable, que ce soit alors pour renforcer la prévention, pas pour institutionnaliser la compensation.

Ce postulat part d’une empathie sincère, mais il crée une couche supplémentaire dans un mille-feuille déjà bien copieux, qui rendrait Gargantua repus.

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